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Mercredi 28 mars 2007

Il y a autant de regards que tu portes

sur cette charmante inconnue assise sur le banc,

jupe et bottes hautes que d’hommes qui portent

un regard intéressé sur moi.

Ne me parle pas de cet instinct de propriété,

ton regard n’est propriétaire que de toi-même.

Fais-le pour moi. Je suis une femme à respecter.

Je n'y crois pas plus que toi.

Me montrer à tes genoux ne suffirait pas à me faire

entrer dans tes fantasmes. Le fantasme sur le banc

que ton sexe frémissant réclamerait bien d’en manger

pour une nuit. Un espace de quelques secondes.

Ça traverse l’esprit comme tu remontes ta braguette.

La femme me sourit. Les stéréotypes de la virilité

ont la dent dure. J’ai des caries.

125 gr de réconfort et le tour est joué.

C’est aussi simple que de me laisser aller

à mes activités favorites, ça me détend.

Mais une fois ce sentiment libérateur avalé,

il n’en reste que la pesante perméabilité d’un vide

dans mon estomac. Comment te dire,

ça me ferait presque gerber…

C’est du 125 gr de bonheur que j’officie en douce

mon droit d’exister, en 30 secondes ce que je porte

à ma bouche. Ça pourrait être plus simple.

Je pourrais avoir droit à pire.

 

 

Les Venus In Furs sont aux bords des routes,

j’en ai croisé mais ne suis pas des leurs.

Ce n’est pas faute d’avoir essayé. J’aimerais mieux

m’en prendre pour si peu. Entre les deux rues du 12 au 28,

le dealer n’ose pas me regarder au fond des yeux,

la douleur m’a pris l’estomac. Je fantasme toujours

sur cette idée de me sentir en dehors de moi.

Et mes cuisses soutiennent encore ce sexe.

La coke n’est pas faite pour moi, je préfère encore

mordre la poussière.

 

 

125 gr d’intense bonheur à faire le vide.

Ma tête est remplie d’images. Alimentées.

Je me confine dans mon lit couchée sur le côté

pour sentir moins ce corps qui me couvre de chagrins.

« Et ce n’est pas assez ! » crierai-je.

Que te faut-il donc pour subvertir à mon désir

le corps qui te faudrait seulement pour assouvir le tien ?

Je m’en veux. Je m’en irai chercher bras longs

et jambes courtes, la nourriture que je fantasme

au plus haut point. C’est le poing serré que j’aimerais

tuer de mes propres mains, la chair fraîche

de la caissière parce que c’est certainement de sa faute.

Qui me donne le droit de subvertir à mon désir

de peindre, substituer les images, et les dessins, à

l’esthétique angoissante d’avoir le ventre vide.

Il me faut remplir !

Dans 800 gr je m’arrêterai peut-être.

C’est la fin de la chasse. Je me suis trouvée, là.

Dans mon dernier soubresaut, quelque chose

m’aide à y croire encore. Ce corps est le mien.

Jouit donc de cette mécanique qui ne s’arrête

que pour donner à manger aux vers. Car c’est ainsi.

Jouit donc en pensant que tu vas mourir.

 

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commentaires (9)   
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