Il y a autant de regards que tu portes
sur cette charmante inconnue assise sur le banc,
jupe et bottes hautes que d’hommes qui portent
un regard intéressé sur moi.
Ne me parle pas de cet instinct de propriété,
ton regard n’est propriétaire que de toi-même.
Fais-le pour moi. Je suis une femme à respecter.
Je n'y crois pas plus que toi.
Me montrer à tes genoux ne suffirait pas à me faire
entrer dans tes fantasmes. Le fantasme sur le banc
que ton sexe frémissant réclamerait bien d’en manger
pour une nuit. Un espace de quelques secondes.
Ça traverse l’esprit comme tu remontes ta braguette.
La femme me sourit. Les stéréotypes de la virilité
ont la dent dure. J’ai des caries.
125 gr de réconfort et le tour est joué.
C’est aussi simple que de me laisser aller
à mes activités favorites, ça me détend.
Mais une fois ce sentiment libérateur avalé,
il n’en reste que la pesante perméabilité d’un vide
dans mon estomac. Comment te dire,
ça me ferait presque gerber…
C’est du 125 gr de bonheur que j’officie en douce
mon droit d’exister, en 30 secondes ce que je porte
à ma bouche. Ça pourrait être plus simple.
Je pourrais avoir droit à pire.
Les Venus In Furs sont aux bords des routes,
j’en ai croisé mais ne suis pas des leurs.
Ce n’est pas faute d’avoir essayé. J’aimerais mieux
m’en prendre pour si peu. Entre les deux rues du 12 au 28,
le dealer n’ose pas me regarder au fond des yeux,
la douleur m’a pris l’estomac. Je fantasme toujours
sur cette idée de me sentir en dehors de moi.
Et mes cuisses soutiennent encore ce sexe.
La coke n’est pas faite pour moi, je préfère encore
mordre la poussière.
125 gr d’intense bonheur à faire le vide.
Ma tête est remplie d’images. Alimentées.
Je me confine dans mon lit couchée sur le côté
pour sentir moins ce corps qui me couvre de chagrins.
« Et ce n’est pas assez ! » crierai-je.
Que te faut-il donc pour subvertir à mon désir
le corps qui te faudrait seulement pour assouvir le tien ?
Je m’en veux. Je m’en irai chercher bras longs
et jambes courtes, la nourriture que je fantasme
au plus haut point. C’est le poing serré que j’aimerais
tuer de mes propres mains, la chair fraîche
de la caissière parce que c’est certainement de sa faute.
Qui me donne le droit de subvertir à mon désir
de peindre, substituer les images, et les dessins, à
l’esthétique angoissante d’avoir le ventre vide.
Il me faut remplir !
Dans 800 gr je m’arrêterai peut-être.
C’est la fin de la chasse. Je me suis trouvée, là.
Dans mon dernier soubresaut, quelque chose
m’aide à y croire encore. Ce corps est le mien.
Jouit donc de cette mécanique qui ne s’arrête
que pour donner à manger aux vers. Car c’est ainsi.
Jouit donc en pensant que tu vas mourir.