Les pigeons m'ont regardé sortir. J'ai à peine eu le temps. Je passais déjà la porte. Juste eu le temps de voir, j'avais l'odeur de mon immeuble impropre dans le nez, là. Ils me regardaient. Je passe la porte. A vingt six années lumière, je me demande ce que je vais devenir. Devenir animal. Sentir le poids de mon corps avec deux bouteilles d'eau pendant à chaque bras. J'ai soif. Je ne me plains pas. Mais je me fais trop de cheveux blancs. Ma mère a raison. Il y a ceux qui n'en ont pas. L'homme dans la rue qui m'a regardé passer, a pris ce qu'il a pris. J'avais juste à baisser la tête et à sentir les lourdes bouteilles d'eau dans chaque main. Imaginer une vie de pigeon sur la fontaine, à regarder passer les gens. Il fait déjà chaud. Tu dors. Je me suis levée tôt. Tu es toujours là et toujours absent pourtant. Passer onze heures je m'inquièterai sûrement. Je reste devant le ventilateur. Huit heures, levée, profiter de la ville qui dort. Dessin inachevé. Du corps que je torture à ma guise en attendant d'être délivrée. Je me demande ce que je vais devenir. Ce que je vais dessiner. Je passe deux fois la porte. Juste eu le temps de me regarder dans la vitrine. Les jambes nues, le corps lourd, les cheveux tirés, ce poids sur mes épaules.
A*Apart
music [silence]