Mon silence n'est pas vain, car je peins. Tout mon temps est vouée à la peinture. Je rêve de peinture, ça me réveille le matin et ça me tire par le bras hors du lit.
Les choses sont claires dans mon esprit, peindre est la seule raison de vivre cette vie avant de mourir. Rien ne m'intéresse plus que de produire des images et du sens.
La peinture est devenue mon obsession. La peinture me donne clairement le droit de vivre cette vie, d'être vivante, et de survivre. La peinture est l'une de ces activités clairement inutile en ce
monde qui me donne le temps de remettre à plus tard la question de la futilité de mon existence. La peinture légitime ma vie, mon expérience, ma subjectivité, et mon corps.
Mon choix est définitif, le nom sous lequel je vais travailler sera Audrey Meret. Il n'y a aucune autre solution envisageable, pour éviter à mes parents d'avoir honte de moi.
Aussi me faut-il garder à tout prix cette image épinglée au dessus de mon bureau : mon image corps archaïque assis sous le péron de l'école, déguisé pour la kermesse de fin d'année. A ce stade peu
avancé, à peu près quatre années d'existence, et déjà je crois décelée derrière mon visage tout ce qui m'était destinée. Le destin de ces images, le craquement de mes os, la perte, le viol, le
déploiement... le destin de mes images.