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Mercredi 30 janvier 2008

En passant devant le Monoprix, je me suis faite cette réflexion : je me suis rappelée à quoi ressemblait ton ex-copine et j'ai trouvé qu'elle allait parfaitement bien avec le concept du magasin. L'enchaînement des produits de haute consommation avec le petit coin viennoiserie
et sandwichs fins. Je l'ai imaginé dans les rayons produits gourmets et gourmands et aussi dans le rayon litière pour chat.

Dix centimètres et demi d'épaisseur contre quatre pour cent de praliné nougatine. Le genre de physique qui ravit les habitués du genre.« Une exception de la nature, une ode à la grace. » Un hommage rendu à toute obsédée du régime quatre cent calories. Où on peut être jeune, mais aussi maigre et en bonne santé, tout en s'offrant la gourmandise de faire rentrer la langue jusqu'au fond d'un cornet glacé pour racler la dernière épaisseur de vanille. Il ne m'en faut pas beaucoup plus pour me rappeler ces images qui ne m'appartiennent pas et qui font partie de ton histoire. Il ne m'en faut pas moins pour les intégrer à ma mémoire. Nous ne possédons pas la même définition affective pour les termes image et souvenir.

Je ne sais pourquoi cette fulgurance, je suis rentrée pour acheter n'importe quoi. La pesanteur avait bien entendu plus de prise sur moi que sur ton ex, mais c'est un détail. Je ne sais pas pourquoi à chaque fois que je m'approche de ce magasin, je pense à elle. Quand nous l'avions rencontré deux mètres plus loin... et qu'elle m'avait alors touché les joues avec les siennes.

Je suis ressortie avec de quoi faire. J'aurai du courir dans la rue à perdre haleine, pour faire craquer mon pantalon trop étriqué qui me compressait les fesses. Il était trop tard. Du moins, je l'ai pensé très fort, mais je n'ai pas pu le crier. J'ai du me concentrer sur mes pas pour ne pas marcher dans la merde à quatre reprises. Mes jambes enquilosées par ma volonté de rebrousser chemin pour ramener le tout au magasin. J'aurai pu supplier n'importe qui de me tailler une bouche trop grande pour ne jamais plus avoir à m'en servir. C'est qu'en sept ans, le froid ne m'a jamais autant fait mal aux dents jusqu'à la migraine, pour que je ne puisse m'empêcher de penser à tout le mal que je peux me faire. A ce jour, je n'ai toujours rien décidé. Je croise des hommes tous les jours du regard, et je suis étonnée de ne pouvoir projeter un quelconque désir sexuel à leur encontre. Je ne peux que constater combien tu peux aimer les femmes. Si je possédais le moindre instinct de chasse, je comprendrai mieux ce dont il s'agit.

Le désespoir ne me tombe pas aussi souvent dessus, je ne connais pas le nom des rues pour y mettre une croix. Ne plus porter mon corps, ce sac à traîner comme une corvée est devenue une vague idée de plus. On s'y habitue. Je choisis de transpirer dans le polyester de mon blouson. Je remonte bien le col. Cette terreur de descendre par mégarde la fermeture éclaire et d'assister horrifiée à l'explosion kamikaze de mon corps dans l'espace ouvert de la rue. J'ai besoin de compresser mon corps pour en sentir ses limites entre lui et moi, et ne pas me voir dispersée dans ce seul et même mouvement de propagation de l'humanité.

 


 

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