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Vendredi 7 septembre 2007
Je m'endors sans appréhension.
Et puis après, je cours et j'ai couru tous les soirs depuis et je jure n'avoir jamais voulu me faire rattraper en vol. Ces images sont comme des points de suspension qui s'ajoutent à toutes mes phrases que je ne finis jamais.

Sans doute plusieurs fois par semaine. Je ne compte pas. Ca dépend des nuits...

Cette nuit, le mec qui voulait me faire la peau ne rassemblait pas beaucoup de choses derrière lui. Peut-être juste le désir de mettre un terme à ceci. Je l'ai dit, de me faire la peau. A ceci près que j'en ai rien à foutre de mon corps, mais pas de mon sexe. J'étais petite. Je ne connais pas son nom et je ne vois pas en quoi j'étais censée le connaître.
Je me suis accrochée presque à la perpendiculaire aux branches des arbres. J'en ai arraché une et ça sentait le cyprès. J'ai réussi à le frapper mais il n'a pas cédé. Ses doigts me tenaient serrés par la hanche.
Il était déjà beaucoup trop près de moi. Je n'arrive jamais à courir plus vite.
Je savais que je n'aurai pas dû m'éloigner, même pour pleurer.

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Tu vois, je ne supportais plus l'odeur de cette femme. Ton ex-femme.
Je n'ai pas bien compris pourquoi elle est entrée par la fenêtre. Ni ce qu'elle nous voulait au juste. Ça ne t'a pas étonné. Elle a voulu comment dire, s'imposer et c'était très naturel. Déjeûner avec nous. Elle coupait déjà les tomates, comme si elle avait toujours été notre hôte. Ne voulant pas être mal polie et mettre les pieds sous la table. Admettons.
S. portait bien ses lettres de noblesse. Il aurait fallu mettre deux "s" taille XL à sa paire de nichons. Bien sûr, j'ai l'air d'un bouffon. On se demande bien qui est le roi. Et je sentais à un mètre ce que tu avais derrière la tête. Tu avais des araignées à la place des mains et sans ma présence, tu aurais sûrement essayé de lui faire peur. Histoire d'en rire, en vérité de la faire sourire. En quels termes m'avais-tu déjà parlé d'elle ? Un corps spectaculaire. Oui c'est ça. Tu as peut-être l'impression de vivre dans un rêve où tu peux tout tenter sans me voir. Ou bien serait-ce moi ? Tenter par tout ce que je n'ai jamais voulu voir.
Même en se penchant par dessus bord, S. n'aurait pas pu toutes les compter (tes mains).
Je commençais à avoir mal à la tête. Elle coupait la troisième tomate. Je t'ai regardé et c'est à peine si je pouvais te reconnaître derrière ton visage. Tu baissais la tête. Quinze secondes j'ai compté putain !
Je suis sortie furieuse de cet appart. J'avais déjà assez de mal à avaler ma salive quand ses seins pointaient. Elle puait trop la femme et toi trop le sexe.
Je ne savais pas où j'avais la tête. Aux inséparables personata, charmants petits oiseaux, dont le mâle je me disais, n'a pas de couilles. La nature est si bien faite.
J'aurais voulu me décapiter sur place. Puis mon encéphale gauche a réagi et n'a pas aimé ça. J'ai rendu mon petit déjeûner en même temps que ma colère. J'ai fait un tour. Tu n'étais pas là pour me prendre par le cou, ça m'aurait évité bien de la peine.
Derrière le supermarché, de dos je me suis assise, le cul sur une brique en béton réservée à l'emplacement des camions de livraisons. Il n'y avait pourtant pas écrit Caterpillar sur mes seins. C'était peut-être l'occasion rêvée. Un coup du sort.

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Il m'a reperé, ou bien m'a-t-il vu pleurer ? Je ne sais par quel miracle, j'ai reconnu ses pensées. Je me suis levée et j'ai vu qu'il avait lâché son carton. J'ai commencé à courir. Et je n'arrive pas à courir. Et je sais comment cela va se finir. Mes petites chaussures que m'a achetée ma maman me font déjà mal aux pieds. Je grandis vite. C'est comme si je connaissais déjà la suite.

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Et merde, elle est encore là ! Je claque la porte. Ma poitrine se soulève dans un dernier souffle pour crier. Sur toi, sur elle. J'agonise. Tu aurais dû lui dire de ne pas rentrer.

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Il y a des gens au fond qui passent, alors que lui, il court derrière moi mais personne ne prête attention à ce qui se passe. C'est étrange, je reconnais l'endroit. Les maisons grises ne sont pas crépies et je m'écorche à chaque fois les doigts. J'ai froid. Mon haleine sent le menthol. Je n'ai pas de parents, comme les fois où je me perds dans les supermarchés. Je devais attendre dans le caddie et je me suis égarée parce que je ne suis pas assez sage. Personne ne me croit sinon quelqu'un m'entendrait crier. Il me tient la hanche. Si j'avais plus de force sous mes bras affolés, je pourrais peut-être lui transpercer l'oeil avec ma branche.

Elle me regarde bien au fond des yeux cette salope. Elle ferme les siens pour mieux m'observer. Elle fait mine de faire semblant comme si de rien n'était. N'était pas encore sur moi. Je suffoque. Et il me rattrape. Ils me tiennent maintenant et m'arrêtent en plein vol suspendue aux branches. Elle me tient fort sans y paraître. Pour être plus précise, je ne sens pas son corps sur le mien. Et il n'a pas de sexe mais dès que je le pense, je le sens là qui s'appuie lourdement sur moi. Je ne peux pas fermer les yeux.
Celui qui est témoin est un martyr. Je suis martyr toutes les nuits.
Le temps suspend l'horreur qui est encore trop lourde, pour pouvoir la contenir un peu plus dans mon estomac. Je vomis, et je dois avouer que ça ne s'est pas passé comme ça, mais dans le bon ordre ça pourrait l'être.
Avec peu de chances, malgré tout j'aurais aimé être quelque chose d'autre, un truc du genre comme un reptile. Je peux peut-être essayer de croiser mon ADN avec un canard, et finir ma vie la tête la première dans la mare. Personne ne me poserait plus aucune question.

ajouter un commentaire publié dans : Penser Panser par Audrella
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