Je suis déterminée à me remettre à mon travail plastique. Seul gage de ma survie.
Je recommence à dessiner. Je recommence à me disputer avec mes parents pour obtenir mon indépendance. Ils ont peut-être plus à perdre que moi.
Je commence à me foutre complètement de mon travail alimentaire.
Je suis un professeur en puissance. Je suis en train d'émousser ma conscience au travail qui consistait à me faire préparer des cours polycopiés en bonne et due forme.
Je suis capable de moucher n'importe qui, sur n'importe quels sujets relatifs aux arts plastiques. Je n'en suis pas très fière, puisque je me mesure à des gens qui ne connaissent
même pas Matisse. Je suis ridicule mais j'en ai rien à foutre. Ne se sont-ils pas moqués de moi à maintes reprises du fait de mon jeune âge !
A présent, ils se gardent bien de me demander d'apporter mes propres dessins et mes propres aquarelles, car ils se doutent bien que cela les découragerait davantage et que rien ne
m'empêchera de continuer ce que j'ai commencé.
J'ai choisi un pseudonyme qui répond au doux nom d'Audrey Meret, le nom de famille rend hommage à Meret Oppenheim dont l'oeuvre à inspirer mes balbutiements.
Mais je garde mon nom de famille aussi, promis. Il me rappelle la Rome Antique et toute la décadanse qui va avec. Par chance, ça légitime peut-être génétiquement le sujet de mon
travail.
J'ai donc déjà mis en route deux sites qui ne se rencontreront jamais. L'un portant mon vrai nom, l'autre portant le double de moi.
Si je le pouvais, je me risquerai à dire à toute ma famille le sujet de mon travail. Mais je ne suis pas encore forcée de me suicider aux yeux de tous et de faire voler en éclat le
peu d'estime qu'ils ont gardé de moi. Et puis, je n'ai pas envie qu'ils mettent le nez dans mes affaires.
Mes doigts me démangent. Je ne tiens plus en place.
J'ai envie de retourner les tables quand je vois les dessins de mes "vieux" élèves. Quand je croise leur regard vide et qu'ils répriment un baillement alors que je leur explique
comment dessiner une ellipse ! Bon sang ! Ils ne savent pas quelle chance ils ont d'avoir un professeur comme moi.
Et oui ! De quoi puis-je m'enorgueillir ? Je m'enorgueillis d'avoir éprouvée six années durant ma douleur, pour en faire le travail plastique d'une vie et celui que je veux
défendre ! A faire des choix, à me méfier des idéologies dont on veut ramollir mon cerveau !
Je détèste l'aquarelle et je n'ai qu'une idée quand ils peignent un paysage c'est de dessiner par dessus un sexe érigé à la gloire du mauvais goût ! Je détèste la beauté dont ils
rêvent et j'ai envie de crier et de monter sur la table pour leur dire qu'il ne sert à rien d'espérer peindre la Promenade des Anglais « parce que vous sentez le rance et que vous
êtes déjà tous morts ! ».
Cracher le plus loin et tomber de plus haut ! Telle serait ma devise.
A contre sens je veux courir. Je suis dans ma vingt-septième année et je ne suis pas encore prête à cotiser pour ma retraite. Trois cent quatre-vingt-dix euros par mois pour les
amuser. Je suis payée comme animateur et non comme un professeur ahaha !
Je veux faire ce pour quoi je ne peux me défendre, je veux me résoudre à abandonner ma résistance, et m'adonner à ma pratique masochiste
favorite : l'ART !